
« Le paiement n’est pas un détail technique, c’est le dernier kilomètre de la souveraineté économique : le moment où la valeur se concrétise et où la confiance devient transaction ».C’est en ces mots que le Président de la République a rappelé la nécessité de défendre le « payer français » lors du 3ᵉ Sommet du réseau Carte Bancaire le 31 mars dernier.Les géants américains Visa et Mastercard gagnent du terrain, portés par la percée des néo-banques. Ils s’appuient aussi sur des contrats d’exclusivité et de sponsoring de premier plan. Les amateurs de sport auront sans doute remarqué leurs logos lors des derniers Jeux olympiques ou des matchs de Ligue des champions.
Ces acteurs ne se contentent pas de faire circuler l’argent : ils organisent les flux, fixent les règles et encadrent les transactions.Celui qui contrôle le réseau de paiement contrôle une partie des règles du jeu économique.Or, les intérêts de ces groupes cotés étrangers ne sont pas toujours alignés avec les nôtres. Alors que les équilibres internationaux s’effritent et que les partenaires d’antan s’affranchissent parfois des logiques de coopération, dépendre de réseaux étrangers pour un secteur aussi stratégique n’est jamais anodin.
D’ailleurs, les commerçants européens pointent une hausse des commissions supérieure à 75 % entre 2016 et 2021. Une augmentation difficilement justifiable au regard des coûts ou des risques.Cette dépendance a des conséquences concrètes : dans certains pays européens comme l’Espagne, les commerçants n’ont d’autre choix que de répercuter ces hausses sur les prix.
La bonne nouvelle
Non seulement il existe une alternative française, mais c’est aussi la plus utilisée en Europe, en moyenne 10 fois moins chère et 2 fois plus sûre !
Cette solution de paiement est fournie par le Groupe d’intérêt économique Carte Bancaire, né de la volonté visionnaire de regrouper les réseaux des établissements mutualistes et des banques nationales en 1984. D’où le sigle « CB » que vous pouvez observer sur votre carte bancaire, qui désigne bien plus que le simple nom commun.Cette même année, la fusion des cartes dites « vertes » et « bleues » et le développement d’un système interbancaire unifié ont posé les bases d’une indépendance stratégique.
Les ingrédients d’une réussite française
Aujourd’hui, en France, près de 9 paiements par carte sur 10 passent par le réseau CB. C’est aussi le cas lorsqu’ils sont réalisés via Apple Pay ou Google Pay, simples intermédiaires qui tokenisent les données bancaires. Ce succès repose sur plusieurs atouts, qui en font aujourd’hui le réseau préféré des commerçants :
- Carte Bancaire est un GIE à but non lucratif, ce qui signifie que les commissions payées par les commerçants sont réinjectées dans le fonctionnement du système, sans impératif de dividendes.
- CB fut un pionnier de la généralisation de la puce EMV, qui a entraîné une chute massive de la fraude par copie de carte (skimming). Cette volonté s’illustre aujourd’hui par l’adoption de méthodes d’authentification forte, fruit de la directive européenne DSP2.
- Aujourd’hui, le GIE mobilise l’intelligence artificielle pour repérer les tentatives de fraude les plus sophistiquées, en analysant les habitudes de paiement et la cohérence des montants.
- Via son programme Updat’R, le réseau prévient directement les commerçants lors d’une mise à jour des coordonnées, évitant ainsi aux utilisateurs de devoir contacter eux-mêmes des services comme Amazon, Netflix ou EDF.
En France, la grande majorité des cartes sont co-badgées avec CB et l’un des deux réseaux américains. Cela signifie que chaque paiement peut transiter par l’un ou l’autre de ces réseaux. En pratique, le choix est généralement effectué automatiquement par le terminal du commerçant, mais le porteur peut, dans certains cas, privilégier le réseau CB.
Ce modèle mérite d’être défendu. Il garantit à la fois l’interopérabilité internationale et le maintien d’une infrastructure domestique robuste. Il suppose toutefois d’aller plus loin, en incitant les néobanques à proposer elles aussi le co-badging des cartes, ce qui reste aujourd’hui encore trop rare.
L’Europe comme voie d’indépendance stratégique
Par ailleurs, lors du sommet du réseau Carte Bancaire 2026, le gouvernement a réaffirmé qu’il nous fallait travailler main dans la main avec nos voisins pour développer une solution de paiement paneuropéenne. C’est le projet de l’European Payments Initiative, consortium bancaire européen dont l’objectif est de s’extirper peu à peu du joug des géants américains.Pour ce faire, nous avons imaginé le modèle Wero.
Ce dernier utilise l’Espace unique de paiement en euros (SEPA) pour permettre d’effectuer des virements instantanés de compte à compte, à l’aide d’un simple QR code ou d’un numéro de téléphone.L’objectif est de proposer des fonctionnalités permettant le paiement en ligne, avec l’ambition de concurrencer à terme Apple Pay ou Google Pay, et ainsi acquérir une souveraineté européenne pleine et entière sur les paiements, socle de notre liberté économique.En s’engageant ainsi, la France fait le choix de la lucidité et de l’audace face aux menaces géopolitiques, et mise sur ses capacités d’innovation technologique pour assurer aux Français un lendemain plus sûr.
Je souscris pleinement à cette ambition pour notre Nation, qui guide mon engagement quotidien auprès des Français.