
Dans un an, le célébrissime programme Erasmus+ fêtera ses 40 ans. Rien de mieux pour célébrer cette fierté de la construction européenne que de voir le Royaume-Uni rejoindre à nouveau le programme après l’avoir quitté à la suite du Brexit.Le grand Umberto Eco le rappelait de la manière la plus simple, c’est Erasmus qui a offert à notre continent sa première génération de « vrais européens ».Le programme Erasmus+ constitue un pilier à lui tout seul du grand projet européen. Ce programme a rendu concret et tangible l’expérience européenne autant qu’il a participé à façonner les consciences et à élargir les horizons de millions de jeunes au moment de devenir des adultes.
Une avancée concrète pour les Français résidant au Royaume-Uni
A partir de 2027, les quelques 14 000 Français inscrits dans une université britannique auront de nouveau la possibilité de profiter du programme d’échange dans l’un des 33 pays membres, car aux E7 États membres de l’UE s’ajoutent l’Islande, le Liechtenstein, la Macédoine du Nord, la Norvège, la Serbie et la Turquie. Non seulement leur séjour de 2 à 12 mois sera exempt de frais de scolarité, mais leur apprentissage sera pleinement valorisé comme une année de cours, via le gain de crédits ECTS.
Mais ce n’est pas tout !
Le programme Erasmus+ offre de nombreux avantages méconnus, dont les Français du Royaume-Uni pourront bénéficier à l’aune de la réintégration. En effet, il permet aussi aux jeunes de bénéficier d’aides mensuelles allant jusqu’à 750 euros lors d’un stage effectué au sein d’un pays membre du programme.La force d’Erasmus réside dans le dépassement de la simple approche académique à l’université. En effet, Erasmus+ facilite également la formation et l’acquisition d’expérience professionnelle à l’étranger que les missions de volontariat international, ou bien encore la création d’entreprise. Ces nouveaux axes de développement attestent de la capacité du programme à se diversifier autant qu’à répondre aux besoins et attentes nouveaux des jeunes européens.
Génération Erasmus Vs Génération Brexit
Le plus important c’est que depuis 1987, ce sont plus de 14 millions d’européens qui ont bénéficié du programme Erasmus+ donnant ainsi naissance à une génération Erasmus. Rares sont les mécontents : 89 % de ceux qui en ont bénéficié déclarent ressentir des effets positifs sur leur vie professionnelle cinq ans après leur expérience à l’étranger. Ce nombre monte même à 97 % sur le plan personnel.
On peut malheureusement remercier Donald Trump et Vladimir Pourtine, du fait des menaces du premier et des agressions du second d’avoir donné un second souffle au sentiment d’appartenance et de défense européenne. Mais si nous regardons le temps long, c’est bien au programme Erasmus+ que nous devons d’avoir fait émerger un sentiment d’appartenance à un destin européen commun depuis plus de trente ans.Erasmus+ est aussi un vecteur de liens, de manière de voir et de penser les problèmes ensemble. Le cinéaste Cédric Klapisch ne s’y est pas trompé, dès 2002 avec l’Auberge espagnole, premier volet d’une fresque cinématographique centrée sur la vie d’un jeune français pris dans le tourbillon de l’expatriation.
Peut être le premier exemple d’une œuvre d’art fondée sur l’expérience sensible d’un programme européen !Ainsi, la richesse de ces échanges est aussi valorisable à plus grande échelle. Elle favorise la compréhension de l’autre dans un monde toujours plus clivant, et favorise l’adhésion aux initiatives européennes qui renforce notre souveraineté.Un chiffre clé à retenir, un quart des 14 millions de bénéficiaires du programme ont déclaré avoir rencontré leur partenaire de vie pendant leur Erasmus.
Un « U-turn » britannique pour se rapprocher de ses partenaires européens
La réintégration du Royaume-Uni au programme Erasmus+ va faire de nombreux heureux : plus de 100 000 bénéficiaires supplémentaires sont attendus dès la première année. Par ailleurs, elle s’inscrit dans un contexte de demande populaire croissante en faveur d’un rapprochement avec l’Union européenne.Le Brexit ne faisait déjà pas consensus lors du référendum de 2016, il est à présent désavoué par une majorité de Britanniques. D’après un sondage récent outre-Manche, 61 % des Britanniques soutiennent le rapprochement avec l’Union engagé par le Gouvernement et 53 % souhaitent même une « Brentrance ».Même chez les électeurs de Reform UK, dont le leader fut le thuriféraire du Brexit, une courte majorité déclare apporter un soutien à une relation plus étroite avec l’Union européenne (55 %).
Mais au-delà du retour dans Erasmus+, le Royaume-Uni devra aller plus loin et notamment réintégrer une union douanière, permettre la pleine et libre circulation des biens et des personnes. Si l’Union européenne a besoin du Royaume-Uni, ce dernier, dont le destin est tout aussi européen qu’Atlantique, doit retrouver sa place au sein de l’Union et prendre toute sa part pour dessiner l’avenir politique et économique du continent.Cela suppose des choix techniques comme celui d’un alignement sur des normes européennes (comme ce doit être le cas dès le 13 mai en matière de règles alimentaires et sanitaires) aux conséquences politiques. Autant de décisions d’avenir pour corriger les effets et les conséquences délétères du Brexit.Un pas de plus vers une Europe plus unie, donc plus puissante face aux défis qui nous attendent.